Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Répertoire des délicatesses du français contemporain »
page 189

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«
ENVELOPPES. L'enveloppe, en général, révèle plus de la
    moitié de ce qu'il y a à savoir de la lettre. Mauriac
    dit méchamment de l'un de ses personnages que
    même le format de ses enveloppes était bête.
    L'écriture, même quand on ne la soumet à aucun
    examen graphologique à proprement parler, est
    d'une éloquence implacable sur le niveau culturel et
    social du correspondant, sur les égards qu'il est dis-
    posé ou pas à vous témoigner, et souvent sur son
    âge, sur son sexe et sur son état de santé.
        La question des égards a beaucoup évolué, évi-
    demment, puisque le paraître – ce livre a trop souvent
    l'occasion de le rappeler – est passé tout entier du
    domaine de la courtoisie et du souci de l'autre, des
    égards, justement, à celui de l'ostentation et de la
    vanité. Le choix d'une enveloppe de plus ou moins
    belle qualité ne s'opère plus en fonction de la per-
    sonne à laquelle on écrit, et de la politesse qu'on
    entend lui montrer, mais en fonction de ce que l'on
    est soi-même, du temps dont on dispose, des efforts
    qu'on est disposé à fournir ou pas, de son état de for-
    tune et de sa personnalité psychologique, sociale ou
    culturelle. En vertu du tout puissant être soi-même, une
    fois de plus, l'aune de l'attitude n'est plus en l'autre et
    dans la nature de la relation souhaitée avec lui, mais
    en le moi.
        Ce qui vaut pour la qualité de l'enveloppe vaut
    a fortiori pour les formules dont on la revêt, et pour
    les différentes façons de désigner le destinataire, par
    exemple. Nous aurons l'occasion de le voir ailleurs,
    un monde de civilisation, d'usage social et de degré
    de courtoisie sépare Monsieur* Charles Courtivault
    de M. Charles Courtivault, de Mr. Charles 
    Courtivault, de Charles Courtivault ou de Courtivault
    Charles. Et il faudrait faire une place à part à
    M. Charles COURTIVAULT, qui s'est beaucoup
    répandu ces dernières années et qui n'est certes pas
    conforme au bon usage traditionnel.
        Est-ce là une tare, au demeurant ? Pas nécessai-
    rement, bien sûr. Il s'agit seulement d'être bien
    conscient, avant de décider en faveur de l'une ou de
    l'autre de ces formules, des fortes connotations
    sociales ou culturelles de chacune – sauf peut-être
    de Monsieur Charles Courtivault qui, étant seule
    « correcte », au sens ancien, échappe peut-être à la
    connotation…
        Il n'était pas considéré comme « distingué »,
    jadis (on marche vraiment sur des œufs), d'indi-
    quer son nom et son adresse au dos de l'enve-
    loppe. Sans doute estimait-on que le destinataire
    ne tenait pas forcément à ce que l'on sache, autour
    de lui, qui lui écrivait. Mais la détérioration des
    services postaux a rendu cette précaution très
    excusable, dans la plupart des cas, et très souvent
    indispensable, même.
        La disposition des nom et adresse de l'expédi-
    teur, au verso de l'enveloppe, obéit aux mêmes
    règles que la disposition des nom et adresse du des-
    tinataire au recto, à ceci près qu'elle doit être beau-
    coup plus serrée, évidemment. D'autre part le desti-
    nataire ne doit pas se désigner lui-même comme
    Monsieur Ceci ou Cela, ni comme M. Une femme,
    elle, peut mettre Mme ou Mlle avant son propre 
    nom, mais c'est un geste un peu désuet.
        M. COURTIVAULT Charles est très inélégant au
    recto de l'enveloppe, mais M. Dutilleul Bernard au
    verso est tout à fait ridicule, car l'inversion du nom
    et du prénom continue d'avoir en France des
    connotations très prolétaires, tandis que s'appeler
    soi-même M. ou Monsieur est tout à fait préten-
    tieux. Un homme indique son prénom et son nom,
    ou bien son nom seul, sans fioritures.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus