Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Répertoire des délicatesses du français contemporain »
page 246

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«
INITIER, INITIATEUR, INITIATRICE. Ce gentleman (Guy
    Schoeller), qui a initié au moins trois révolutions dans
    le domaine du livre… (Le Nouvel Observateur).
        Le mouvement des chômeurs initié l'hiver dernier…
    (France Culture).
        La manifestation est initiée par les copains de la
    victime (France 2, 15 décembre 1998).
        La France a initié une conférence internationale pour
    tâcher de trouver une solution au problème de… (toutes
    les chaînes de radio et de télévision, tous les jours ; et
    quand ce n'est pas la France c'est le Costa-Rica).
        Initier est un vieux verbe français qui pendant
    des siècles a fait loyalement son travail de vouloir
    dire introduire aux mystères, aux arcanes, à la connais-
    sance de quelque chose – une religion, une secte, une
    science, un plaisir ou un vice, un domaine ou une ins-
    titution le plus souvent marqués par le secret ou la
    complexité. Or récemment, dans la plupart de ses
    occurrences, surtout journalistiques, voilà qu'il se
    mêle de signifier tout autre chose, susciter, entraîner,
    entreprendre, commencer, prendre l'initiative de…
        Ce sens nouveau s'est répandu comme une 
    traînée de poudre, ces dernières années, et son suc-
    cès est tel qu'il fait presque oublier l'ancien. Il a
    pour origine l'anglais to initiate. Il s'agit donc d'un
    anglicisme caractérisé. Il n'a pas l'excuse, comme
    ignorer* employé au sens de feindre de ne pas recon-
    naître, de quelques précédents même approximatifs
    dans notre langue. En revanche il peut se targuer
    d'une certaine légitimité étymologique.
        Le français initier vient du verbe latin initiare
    qui chez Cicéron et Tite-Live a notre sens classique
    d'introduire aux mystères. Chez Pline il veut dire com-
    mencer à instruire, comme dans notre initier aux
    mathématiques ou initier au violon. Il faut tomber
    dans des auteurs infiniment plus obscurs et beau-
    coup plus tardifs, comme le mathématicien
    Firmicus Maternus ou l'agronome Palladius pour
    voir initiare signifier commencer, prendre l'initiative.
        Le sens français est donc de bien meilleure ori-
    gine que le sens anglo-saxon. Cependant le sens 
    anglais est attesté en latin, fût-ce très marginalement.
    On ne peut pas écarter non plus l'étroite et manifeste
    parenté d'initiare avec initium, qui chez César comme
    chez Cicéron signifie bel et bien commencement, début.
    Dès lors on s'étonne un peu de la sévérité d'Alain
    Rey, d'autant qu'elle ne lui est pas coutumière : « Vers
    le milieu du XXe s., sous l'influence de l'anglais to ini-
    tiate, “commencer”, initier s'emploie pour “prendre
    l'initiative de (qqch.)” ; le verbe se rattache de cette
    façon à initiative, mais dans un emploi sans rapport
    avec son sémantisme propre, ce qui rend cet emploi
    très critiquable. »
        Que le sens anglo-saxon, et le sens français
    moderne par imitation ou par contagion, soient
    « sans rapport avec le sémantisme propre » d'initier au
    sens français classique, peut-être est-il loisible d'en
    discuter. De toute façon, si l'on condamne l'emploi
    de ce verbe au sens récent dans notre langue de susci-
    ter, convoquer, prendre l'initiative de, ce sera moins
    pour des raisons proprement sémantiques que pour
    son caractère de tic de langage et de plume, un des
    plus insistants de ceux qui nous harcèlent.
        Les mêmes remarques exactement peuvent
    être faites à propos d'initiateur et initiatrice qui eux
    aussi sont passés sans coup férir d'un sens à
    l'autre : l'initiateur d'un appel des intellectuels (France
    Culture, 28 septembre 1999), l'initiateur d'un véri-
    table débat sur les droits des sans-droits, l'initiatrice
    d'une profonde révolution culturelle en matière de cui-
    sine régionale.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus