Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Salle des Pierres (Journal 1995) »
page 274

Voir la description du livre

«
     Fournels, hôtel Les Hameaux de la Lozère, dimanche 10 septembre,
dix heures du soir. Chronique accélérée : hier matin à neuf heures,
visité avec un groupe l'intérieur du château de la Baume – rien que
d'assez prévisible, mais très belle promenade sur les prairies du
domaine, ensuite, et jusqu'à la rivière, en la seule compagnie de
MM. Hapax et le Horla, on ne peut plus enthousiastes.
 
    Vers midi, quitté mon hôte et son amant. De ma vie je n'avais
éprouvé pareille inhospitalité. Le matin on vous demande : « Tu
prends un p'tit déjeuner, toi ? Parce que moi j'en prends pas… » Et
pas un instant on ne songerait à vous proposer une serviette pour la
salle de bain. Si vous invitez l'hôte à dîner, le soir de votre arrivée, il
préfère que l'invitation soit reportée au lendemain, « parce que
demain y aura mon ami ». Et tous deux vous entraîneront alors dans
un restaurant pas spécialement pas cher, alors que la veille il y avait
sur la table, pour plat de résistance, deux tranches de jambon dans
leur emballage de papier gras. Encore a-t-il fallu attendre la vôtre
trois quarts d'heure, parce que le téléphone a sonné au moment
même où vous vous mettiez à table…
 
    Surtout – alors que vous n'aviez rien demandé, bien entendu –,
l'hôte vous avait proposé, avant votre visite, de vous laisser les clefs
de la maison les jours où il serait absent, ce qui vous permettrait de
« rayonner » à partir de chez lui, pour vos premières explorations. Mais
une fois que vous êtes sous son toit, et à peine une demi-heure après
votre arrivée, il vous avertit qu'il doit partir du lundi au vendredi, et
aussitôt précise gracieusement : « Mais tu peux revenir après, hein, si
tu veux… Ah ! Et j'oubliais : dimanche je reçois mes parents, alors
forcément j'aimerais mieux que tu sois pas là, tu comprends… »
 
    Si je comprends ! Ce n'est pas le genre de chose qu'il faut me dire
deux fois ! Ce qu'en revanche je ne suis pas sûr de bien comprendre,
c'est si pareille attitude ne parle que de l'hôte en question, ou de
l'hospitalité lozérienne en général. Ou bien de l'hospitalité
populaire, ou paysanne ? J'essaie de trouver une explication… Peut-
être ce garçon croit-il que je ne suis pas qui je prétends être ? Que j'ai
usurpé une identité et me suis inventé une tâche à accomplir dans
son pays à seule fin de vider sa maison de la cave au grenier, à peine
aura-t-il le dos tourné ? Mais il m'a téléphoné chez moi, au numéro
que je lui avais donné, j'ai répondu, et rien n'était plus facile pour lui,
s'il avait des doutes, que de vérifier dans le minitel que ce numéro
correspondait bien à la personnalité annoncée… Mystère, déplaisant
mystère… Mais que je n'ai pas eu la force de tisonner plus
longtemps. Je suis parti sans demander mon reste.
 
    Hier après-midi, donc : le roc de Peyre, Javols, Aumont-Aubrac,
la butte du Rieutort au coeur de l'Aubrac, le Marchastel, des chemins
qui montent vers le puy de Gudette, au-dessus de Nasbinals. Dîné à
La Maison de Rosalie, à Montgros. Impossible de trouver une
chambre d'hôtel à Nasbinals : je m'en suis consolé sur l'économie, et
j'ai passé la nuit dans la voiture, devant la cure.
 
    Ce matin dimanche 10 septembre, perdu du temps pour trouver
de l'essence, et dû aller à cette fin jusqu'à Aumont-Aubrac.
Néanmoins, superbe promenade jusqu'au sommet du puy de
Gudette et jusqu'à la croix des Trois-Evêques, à partir de la ferme de
la Ginestouse, entre Nasbinals et Aubrac. En voiture de nouveau :
col de Bonnecombe, Les Hermaux, Le Fromental, Les Salces.
Sandwich au col de Bonnecombe. Marché de nouveau entre Le
Fromental et Les Salces. Nouvelle visite à l'église de Nasbinals, puis
inspecté celle de Recoules-d'Aubrac. Moment avec les chiens le
long du Bès, en face de La Roche-Canillac. La Chaldette,
Chauchailles, Fournels, Saint-Juéry ; Fournels de nouveau, Arzenc-
d'Apcher. Fournels encore, Termes, retour à Fournels, recherche du
château de Fraisse, et découverte émerveillée d'icelui ( au sud de
Saint-Juéry, en deçà de Fraissinoux ) sous un arc-en-ciel. Ultime 
retour à Fournels et dîner.
 
    « Mon genre » : le château de Fraisse.
 
    « Mon genre » : les poilus de 14. Ceux de par ici sont particulière-
ment à mon goût, sur les monuments aux morts : Nasbinals, Saint-
Germain-du-Teil, Les Lalces…
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus