Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Extrait de « Répertoire des délicatesses du français contemporain »
page 258

Voir la description du livre

«
LIAISON. La liaison, de même que la semi-négation ne,
    est la marque par excellence de la langue non pas
    spécialement soignée ou recherchée (elle n'est pas
    une affectation, ni une sorte de luxe), mais tenue,
    tout simplement, ou surveillée. Son absence, en tout
    cas, signe absolument la langue relâchée.
        Bien entendu, il y a liaison et liaison. Certaines
    témoignent un raffinement délibéré, comme la liai-
    son sur l'r final des verbes du premier groupe à l'infi-
    nitif (il faut aimer r'une eau noire). D'autres reflètent
    même un zèle exagéré et sont bien proches du cuir
    – ainsi celle que l'on fait porter (à tort) sur la der-
    nière consonne d'un mot se terminant par deux
    consonnes, si l'avant-dernière est un r : par rapport
    t'aux investissements consentis, une mort t'abominable,
    un art t'admirable, un tort t'irréparable. Mais beau-
    coup sont tout à fait indispensables, et s'en abstenir
    n'est pas compatible avec un usage « cultivé » de la
    langue.
        On pourrait citer des dizaines d'exemples. On se
    contentera d'évoquer la liaison après c'est, qu'on
    aurait pu croire tout à fait élémentaire et allant de
    soi, mais qui tend à tomber en désuétude jusque sur
    France Culture – poste qui met un point d'honneur,
    non sans un vif succès, à ne pas parler trop bien.
        C'est vrai que, déjà infiniment pénible en soi,
    connaît un certain nombre de redoutables variantes
    d'où la liaison est souvent bannie. Dans c'est évident,
    par exemple, non seulement beaucoup de locuteurs
    s'abstiennent de faire la liaison, mais ils vont jusqu'à
    gratifier l'adjectif évident d'un très audible h aspiré,
    à l'anglaise :
        C'est hhh'évident que quelque part ils ont pas du
    tout l'intention de céder, les militaires.
        Moi c'est h'incroyable c'que son film il a pu y
    mettre de tendresse et de fraternité.
        C'est h'inouï qu'un type comme ça il ait pas eu
    l'avance sur recette. I-nouï.
        Moi c'est h'un bouquin j'comprends pas du tout
    c'que l'auteur il a voulu faire, avec ce bouquin.
        C'est h'un livre qu'était paru y a trois quatre ans chez
    La Différence on en avait pas tellement parlé à l'époque.
        L'histoire c'est h'un mec i's'prend pour un plumeau.
        Etc.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus