Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Salle des Pierres (Journal 1995) »
page 297

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«
    Dimanche 8 octobre, midi. Jolie après-midi de soleil et presque
d'amour, jolie soirée de musique, hier. L'automne est pour une fois ce
qu'il doit être, « la saison reine de ce pays », comme dit Pesquidoux. Il
fait sur la Lomagne un temps exquis.
 
    Visite du Toulousain du Ramier, donc. C'est un très joli garçon
aux cheveux prématurément gris (il y trente-quatre ans), au visage
présentement tout à fait valoisien, avec la barbichette à la mode, qui
lui donne l'air d'un Guise ou de Joyeuse. En voilà un qui semble
excellemment disposé, par exemple ; et qu'il ne serait pas trop diffi-
cile de séduire tout à fait, dirait-on. Or il serait « inespéré », bien sûr,
au regard du bon sens : jeune, physiquement très séduisant, vigou-
reux, déjà presque amoureux, semble-t-il. D'où vient que la voix de
l'amour, de mon côté, ne parle que très obscurément et presque par
devoir, par effort d'objectivité, voire par prudence ou par calcul ? De
trop de bon sens en lui, justement, trop de prudence, sans doute, trop
de calcul ou plutôt de méfiance – de toutes les attitudes celle qui
mène le moins à l'amour, du moins au mien…
 
    S'il n'avait pas indiqué son numéro de téléphone, dans le petit
mot qu'il avait laissé sur mon pare-brise, c'est qu'il craignait que
quelqu'un d'autre ne s'en saisît… Crainte qui n'est pas tout à fait
infondée, peut-être, mais qui, au regard de la possibilité de retrouver,
ou non, quelqu'un qui vous intéresse, me semble évidemment
dérisoire ; comme ses hésitations à donner son nom de famille, ou à
dire ce qu'il fait. Toute cette cautèle petite-bourgeoise ou populaire
est peu propice à la sympathie, contrairement à la simplicité franche
et à l'ouverture d'un gentleman, qui reconnaît d'un coup d'œil un
autre gentleman, ou quelqu'un à qui il peut faire confiance…
 
    Et puis une certaine agressivité, plus maladresse et timidité que
méchanceté profonde, sans doute, et curieusement combinée avec le
désir de plaire : ainsi de constantes allusions – sur le mode de la
plaisanterie, certes, mais nous savons bien qu'il n'y a pas de plaisan-
teries – à mon âge et à notre différence d'âge, qui ne sont pas faites
pour me mettre à l'aise. Et s'il contemple le paysage d'une des
fenêtres de la bibliothèque, paysage que tout le monde trouve très
beau, en général, et qui l'est en effet, à la tache près d'un lointain
château d'eau, c'est précisément de ce château d'eau qu'il va choisir
de parler d'abord, et même seulement, pour en déplorer la laideur.
Bref, nous ne sommes pas tout à fait cousins, idéologiquement,
socialement, humainement ; et en plus il fume comme un pompier.
 
    Il n'empêche que nous marchâmes bien doucement, sous les
ombrages altiers de Magnas, nous allongeâmes dans l'herbe au nord
de la fontaine, et nous dévêtîmes fort avant, dans la tour ronde
abandonnée. A de pareilles intimités, d'ailleurs toutes relatives, il ne
fallait pas songer ici, à cause de la présence de ma mère. Il se trouve
toutefois qu'elle a aperçu de loin ledit jeune homme, qui s'approchait
sac au dos de la maison, et qu'elle l'a trouvé, Dieu sait pourquoi, très
sympathique.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus