Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Salle des Pierres (Journal 1995) »
page 339

Voir la description du livre

«
    Dimanche 12 novembre, cinq heures. Une de ces journées où tout
est parfaitement beau… Nous sommes au cœur du cœur de
l'automne, et ce cœur est un poudroiement d'or, que l'on fend en
spectre joyeux. Cette lumière est chronologique, ou séculaire,
immémoriale. Le beau temps, c'est celui où se fondent les deux sens
du mot temps.
   
    Joël est rentré ce matin à Toulouse, car il recevait sa mère à
déjeuner. Il était apparemment enchanté de son séjour à la
campagne, et je n'en étais pas mécontent non plus. Sans doute eussé-
je préféré, je l'avoue, qu'il n'arborât pas un large anneau d'or à
l'oreille gauche pour m'accompagner aux cérémonies commémora-
tives du 11-Novembre, hier à Lectoure. M. le sénateur-maire n'a pas
cillé, cependant, et s'est montré aussi aimable qu'à son accoutumée.
Je dois le revoir demain matin, pour lui présenter un avant-projet
d'avant-projet des activités de Pli selon pli, lesquelles intéressent 
assez directement Lectoure, ou s'intéressent directement à Lectoure,
car si l'on organise des concerts ils ne peuvent avoir lieu que là-bas,
dans la cathédrale, pour des raisons de rentabilité ; et notre rencontre
de poésie, par exemple, en octobre prochain, serait la première d'une
série de « Salons de Lectoure ».
 
    Une fois de plus, j'ai constaté que j'étais de tout cœur avec les
anciens combattants, leur maigre cohorte mal assurée sur ses jambes,
leurs drapeaux, les musiques qui les accompagnent, les pompiers, les 
gendarmes. Tout ce qui procède du rite me trouve favorable. La liste
des morts de la Grande Guerre était si longue qu'un jeune pompier
s'est évanoui. Comme il soutenait un ancien combattant, l'ancien
combattant est tombé aussi. Plus de peur que de mal, je crois. Tout
cela se déroulait devant un parterre de gerbes et sous un ciel de
plomb, d'où tombait sur les drapeaux un vent très vif. C'était joli au
possible, et la plupart de ces braves gens méritent cent fois, j'en suis
sûr, les hochets qu'on leur épingle au revers. Je ne sais rien de plus
ridicule que de trouver cela ridicule, par convention pure.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus