Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Salle des Pierres (Journal 1995) »
page 343

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«
    Dimanche 26 novembre, une heure de l'après-midi. Dans la vie de
province, on est constamment écartelé entre les tentations de la
bonté, ou plus exactement de la gentillesse, ou plus prosaïquement
de la prudence, du désir de tranquillité, d'une part, et en regard celles
de la vérité, ou plus exactement de la sincérité.
 
        Tous les jours on est requis d'exprimer son opinion sur des
tableaux, des poèmes ou des agencements d'intérieur qu'on se doit à
soi-même de trouver insignifiants ou désastreux, parce qu'ils le sont
en effet neuf fois sur dix ; mais qu'on doit à ses voisins de campagne,
ou de petite ville, ou de métropole régionale, même, de trouver sinon
tout à fait passionnants, au moins très intéressants, et remarquable-
ment prometteurs. La promiscuité sociale dans laquelle est contraint
de s'exercer le jugement critique le dépouille rapidement de toute
espèce de rigueur. Comme vous ne pouvez adapter vos paroles à
votre jugement véritable, à moins de vous rendre la vie impossible, et
que vous désirez malgré tout, par un reste d'exigence morale,
maintenir entre eux quelque conformité, vous finissez par vous
convaincre, lâcheté aidant, de la vérité de ce que vous dites, de ce que
vous êtes obligé de dire. Et vous vous persuadez, car vous n'avez guère
le choix, qu'en art comme dans le sport, officiellement, « l'important
c'est de participer ». C'est pourquoi il sort si peu d'art véritable de la
province française – au moins directement. Il faut le détour de Paris
et de l'anonymat pour rétablir la belle et cruelle vérité, celle de la
hiérarchie.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus