Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Extrait de « Les Nuits de l’âme (Journal 1996) »
page 93

Voir la description du livre

«
La Nouvelle-Orléans, Cohn Street, dimanche 14 avril,
huit heures moins dix, le matin. Hier soir il m'a fallu rentrer
bien vite du French Quarter : j'avais obtenu de mes hôtes,
non sans un peu d'insistance, la permission d'une heure du
matin. Encore ai-je eu le plus grand mal à les réveiller pour
me faire ouvrir la porte ; et j'ai bien cru que j'allais devoir
passer la nuit dans leur véranda… Ce matin depuis sept
heures le mari joue à grand bruit avec son jeune fils sous
les fenêtres du petit bureau qui m'a été alloué en guise de
chambre. Décidément je ne suis pas fait pour être logé chez
des particuliers, surtout des particuliers que je ne connais
pas, et qui ne me connaissent pas non plus. Certes il ne
tenait qu'à moi de faire connaissance, en rentrant beaucoup
plus tôt du centre de la ville, pour partager leur dîner
comme ils me l'avaient aimablement proposé. Mais je
découvrais à peine La Nouvelle-Orléans, alors, et j'aurais
trouvé trop dur de m'en arracher pour un dîner familial
suburbain…

La Nouvelle-Orléans est pleine d'attraits de toute
espèce, en effet – je ne sais pas pourquoi je m'en étais si
peu soucié jusqu'à présent.

Le Vieux Carré est vraiment étonnant, par sa taille, par
l'abondance des édifices intéressants (ils le sont presque
tous, à la vérité), par la séduction très forte de cette archi-
tecture coloniale, tropicale et dans une certaine mesure
française. La ville me fait penser à beaucoup d'autres villes,
certaines que je connais, d'autres que je ne fais qu'imaginer :
les Saintes-Maries-de-la-Mer pour le plan carré, Rochefort
pour le plan carré également et pour la lumière (qui tout
hier fut très vive et très belle), une ville saxonne dont
j'oublie le nom dans la Transylvanie centrale, petite cité aux
tons pastel avec de hautes fenêtres dès le rez-de-chaussée
des maisons… Et force villes des Caraïbes, sans doute.

Cette architecture très ouverte, toute en balcons et en
fenêtres, en matériaux plutôt légers, ne favorise pas l'in-
timité, certainement. On est loin de la maison sanctuaire,
abri du monde, telle que je puis la rêver d'autre part. Je me
demande d'ailleurs si l'architecture américaine en général,
celle des maisons individuelles, en tout cas, n'est pas infi-
niment plus frêle que celle d'Europe. Ces impressionnantes
mansions de style jeffersonien ou greek revival, telles qu'on
peut les observer dans les quartiers résidentiels de tout
le pays, les voit-on en construction on s'aperçoit qu'elles
sont un assemblage de cloisons de quelques centimètres
d'épaisseur, en petites briques, dans le meilleur des cas, plus
souvent en aggloméré, voire en contreplaqué. Et souvent
elles n'ont pas de fondations. Ce qui ramène au vieux débat
sur l'imitation et l'authenticité. On peut difficilement
l'éviter, à La Nouvelle-Orléans. Non que les maisons du
Vieux Carré ne soient pas anciennes. Elles le sont plus et
mieux que je ne l'avais supposé, et elles sont extrêmement
jolies. Mais elles sont comme citées par l'usage frénéti-
quement touristique qui est fait d'elles. Elles sont vraies,
mais elles sont un décor–un décor pour une pièce popu-
laire à grand spectacle, bien éloignée du fin théâtre qui les
a vues naître…

»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus