Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Les Nuits de l’âme (Journal 1996) »
page 146

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«
    Vendredi 19 juillet, sept heures du soir. L'espérance s'est
dégonflée à peine ourdie, l'autre jour. Rien. Je crois que
j'avais rêvé.

    La ville offre des satisfactions plus tangibles, heureu-
sement.

    Journée à Toulouse, hier, pour déjeuner avec 
Mme Salvan, la présidente de la commission culturelle du
Conseil régional : à peine l'avais-je quittée, elle et M. le
recteur de l'académie, et tout le jury d'un concours lycéen
de photographies, je me suis précipité au Président, contre
toute raison, car il pesait sur la ville une chaleur torride,
telle qu'elle aurait dû dissuader quiconque de s'aventurer
dans la vapeur. Pas moi, ni nombre d'autres explorateurs de
fumerolles, ni certain musculeux velu de familière accoin-
tance, déjà rencontré cet hiver dans l'île du Ramier.

    Il a vraiment un corps admirable, celui-là - bien proche
des plus pointilleuses exigences du fantasme, ou de ses
humbles requêtes. Et il le prête très généreusement, au
point que j'en ai joui quatre fois en deux heures, dont deux
entre ses fesses. Sa personnalité est de constitution moins
heureuse, hélas. Pourquoi ne m'avait-il pas téléphoné après
notre première entrevue, qui avait été assez réussie, elle
aussi, au moins d'un point de vue érotique, déjà ? Eh bien
parce que " pour c'que ça t'apporte, ce genre de trucs, en
général... T'es toujours déçu. J'ai déjà donné, merci bien.
J'me suis fait avoir, mais alors là dans les grandes largeurs.
Et j'veux pas qu'ça r'commence. Alors maintenant j'me
méfie, tu comprends... ".

    Il se méfie si fort que de sa méfiance il se targue, et il
l'érige en principe d'existence. Et il y a peu d'attitudes qui
incitent moins à l'amour, ou seulement à l'estime ou à
l'amitié - surtout quand cette méfiance a même un caractère
économique : une histoire d'entreprise perdue, de partage
frauduleux, de ruineuse entourloupe, tout ça pour une
illusion d'amour. Et de pareils mufles vous racontent tout
cela, et vous donnent ces récits pour raisons de leur silence
à votre égard, raisons de ne pas vous appeler. Ils sont en
train de vous expliquer, en somme, qu'ils ne veulent pas de
relations avec vous parce qu'ils n'entendent pas mettre en
péril leur compte en banque. L'avantage c'est qu'ils
étouffent en vous, ce faisant, tout risque du moindre regret.

    Akim itou. Akim est un jeune et bel Algérien qui pissait
tranquillement à l'entrée du parking du Capitole, vers
minuit, comme je quittais Eric Dupont et sa femme, chez
qui je venais de dîner ; et qui non moins tranquillement m'a
demandé si je n'aurais pas pour lui du travail. Nous avons
pris un verre à la terrasse du Bibent. Hélas, il ne pouvait
pas bénéficier d'un C.E.S., et c'était la seule condition qui
m'aurait permis de l'employer, comme jardinier, comme
gardien ou comme homme à tout faire. Il ressemblait à un
petit Charlton Heston première manière, le visage fin et
mâle, les traits ciselés, le nez busqué, l'expression très
ouverte et très sympathique. Selon la meilleure tradition
arabe il m'a demandé si j'étais marié, et de ma réponse
négative a conclu que j'étais homosexuel, opinion dont je
me suis gardé de le détourner. Lui pas du tout, a-t-il
calmement précisé. No problem. Au contraire : pas d'espé-
rance possible, donc nul regret à craindre.

    Je n'en suis tout de même pas à souhaiter les regrets,
n'est-ce pas ? Voire.

    Coup de téléphone de l'Italien Augusto, ce matin : il
ne s'était pas manifesté depuis son brillant passage ici, et
depuis un petit appel de remerciement juste après. Il
envisage de venir pour le festival de Lectoure, à la fin août.
Mais peut-être la maison sera-t-elle pleine, s'inquiète-t-il
poliment ? Oh ! Quand bien même elle le serait on se
serrerait, réponds-je, et tant pis, si besoin était je lui ferais
une place dans mon lit... Euh, c'est que... C'est qu'il
comptait venir avec un copain, un garçon qu'il a rencontré
et avec qui il s'entend très bien... C'est pas un problème,
il espère ?

    Si c'était un problème, est-ce que j'irais lui dire ?

    Mais non, ce n'est même pas un problème. Je n'en suis
tout de même pas à souhaiter les problèmes, n'est-ce pas ?
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus