Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Les Nuits de l’âme (Journal 1996) »
page 158

Voir la description du livre

«
    Jeudi 3 août, six heures vingt, le soir. Ouf ! La nouvelle
intallation informatique a l'air de fonctionner à peu près,
cette fois-ci… ça a été encore presque une semaine
d'affreux combats. Le dernier incident fut la découverte
qu'une imprimante laser MacIntosh, achetée il y a deux ou 
trois ans, n'était pas compatible avec un ordinateur
MacIntosh flambant neuf : elle imprimait tout de travers,
et pour savoir pourquoi il a fallu rapporter le tout à Agen.
Finalement nous avons procédé à un réagencement au sein
de nos divers services : mon imprimante laser est partie
pour le bureau de l'association, à la fontaine Diane, à
Lectoure, et j'ai hérité de l'imprimante « à jets d'encre » qu'ils
avaient là-bas, beaucoup plus rudimentaire mais « compa-
tible », elle.

    Dieu merci j'ai été activement secondé dans ces
épreuves, et plus que secondé, par l'incomparable Daniel
Avena, le secrétaire général de Pli selon Pli, qui pour l'asso-
ciation et pour moi est précieux au-delà de tout éloge.
Parmi un grand nombre de qualités, il a celle qui dans ces
parages est appréciable entre toutes, il est de parole. Quand
il dit qu'une chose sera faite, on sait qu'elle le sera en effet,
et on peut ne plus s'en soucier. Seulement il lui faudrait
maintenant son propre secrétaire général, car vraiment ce
ne devrait pas être à lui, avec les hautes responsabilités dont
il a hérité, de faire la navette entre Agen et Plieux pour
mettre au point l'ordinateur présidentiel.

    Je ne cesse d'être stupéfié par la capacité qu'ont les gens
de ne pas voir. Une importante sculpture de Miró, Femme,
haute de trois mètres cinquante, est installée ici sur la
pelouse, à la proue du bâtiment, au-dessus de l'accès du
jardin et de l'allée qui mène à l'entrée des salles. Tous les
visiteurs de l'exposition Miró doivent passer juste en face
d'elle, à trois ou quatre mètres, en contrebas. Je peux les
observer de mes fenêtres : la grande majorité d'entre eux ne
lui jettent pas un coup d'oeil. Quand ils passent à cet
endroit-là, ils n'ont pas encore payé leur billet : l'exposition
n'est pas commencée. Inutile d'ouvrir l'oeil…

    Il arrive que quelques-uns aient le regard attiré par le
cartouche que nous avons disposé sur les montants du
portail, près de l'affichette qui porte les horaires et les prix.
Ce cartouche n'est pas très visible, il faut le reconnaître,
mais c'est à lui et à lui seul qu'est due toute la curiosité
dont fait l'objet l'oeuvre exposée. Par elle-même, et malgré
sa haute taille et son emphatique emplacement, elle n'in-
trigue ou n'intéresse personne – à quelques notables excep-
tions près, bien entendu. C'est uniquement lorsqu'il est
établi, presque par hasard (parce que ces visiteurs-là ont
aperçu le cartouche, contrairement à la plupart des autres),
qu'il s'agit bien d'une oeuvre de Miró et qu'elle fait bien
partie de l'exposition, c'est uniquement alors que les regards
se portent sur elle et qu'elle suscite les commentaires, en
général bienveillants.

    On en revient toujours au mot de Basin de Guermantes
à qui l'on demande si la duchesse et lui ont vu tel ou tel
chef-d'oeuvre, au cours de leur voyage aux Pays-Bas : « Si
c'était à voir, nous l'avons vu ! » La grande sculpture de
Miró n'est visible qu'à condition qu'il soit bien signalé et
perçu qu'elle est effectivement à voir.

    Pour dire toute la vérité, et pour donner un tour de plus
à la modeste spirale de ma réflexion sur le sujet, je ne suis
pas absolument certain qu'elle mérite infiniment plus que
l'attention dirigée et comme accidentelle qu'elle reçoit…
C'est une magnifique borne, comme le serait un obélisque.
Elle est tout à fait sympathiquement cocasse, et non
dépourvue de dignité, ne serait-ce que par sa matière, par
son poids, et par son bel élan vers le ciel : haut socle cylin-
drique creusé d'un sexe féminin ondoyant, haut tire-bouton
ou passe-lacet, et par là-dessus une énorme coquille d'es-
cargot. C'est assez drôle, ce n'est pas laid du tout, on peut
dire que c'est une idée de la femme – en tout cas de la
femme pour Miró. Mais quelle est la qualité de cette oeuvre
du point de vue de l'art de la sculpture ? Dans la longue 
histoire de l'homme se colletant avec la matière, ou
simplement avec le bronze, quelle place lui revient ?
Qu'est-elle auprès du Colleone ou du Guattamelata ? A
l'échelle des siècles je crains qu'elle ne soit que ce très peu
de chose, une bonne idée…

                                              *

    Je me dis de plus en plus souvent, non sans perplexité,
que la place que me désigne naturellement le corps désor-
donné de mes « réflexions politiques », c'est parmi les conser-
vateurs libéraux, au sein de la droite classique. Ce qui me
dissuade jusqu'à présent d'occuper mon siège idéologique
en cette belle compagnie, c'est l'observation des voisins que
j'y aurais…

    L'incroyable médiocrité de ces gens… Il me semble qu'il
y a longtemps qu'on n'avait pas vu en France (et pourtant…)
un gouvernement aussi visiblement dépourvu de la moindre 
imagination, du plus petit souffle d'avenir, ne parlons pas
d'une once de sentiment de la grandeur.

    Dieu sait que je n'ai jamais été tenté de voter pour
Jacques Chirac, mais il ne se passe pas de jour sans que je
me voie donner raison par l'histoire (encore que ce soit un
bien grand mot pour ce qui se passe… Si nous étions
Florence, nous serions à peu près sous Côme III. – Sous
qui ??? – C'est exactement ce que je veux dire).
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus