Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Répertoire des délicatesses du français contemporain »
page 361

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«
SUR (« SUR RAMONVILLE »). La foudroyante et irrésistible
    montée en popularité de sur aura été l'une des
    marques principales de l'évolution de la langue fran-
    çaise à l'extrême fin du XXe siècle. Sur a surtout
    conquis du terrain au détriment de à, qui se trouvait
    déjà sévèrement attaqué sur un autre front par en*, et
    dont l'espace vital s'est donc trouvé considérablement
    réduit. C'est aussi le cas de dans et de vers, pareille-
    ment victimes de la marche triomphale de sur.
        L'exceptionnelle extension de la zone d'influence
    de cette préposition est presque toujours fautive.
    D'autre part elle s'est produite presque exclusive-
    ment dans ce qu'on appelait jadis « la langue popu-
    laire ». Mais ne plus s'appeler de la sorte a permis à
    « la langue populaire » de devenir à peu près générale.
    Le corps enseignant, par exemple, fait un très large
    usage de sur en ses nouveaux emplois.
        Je vois nous, sur Paul-Bert, il nous en manque au
    moins sept ou huit, de profs.
        On était sur Perpignan, mais mon mari il a été
    nommé sur Narbonne, il a bien fallu suivre.
        J'suis sur Château-Thierry, là ; si tu veux j'peux êt'
    chez toi dans une heure.
        On est Bretons, on aimerait bien finir nos jours sur
    la Bretagne, quand même.
        Dupré estime que des emplois de ce genre sont
    des abréviations abusives que pratique « le jargon
    administratif et commercial » à partir de sur le terri-
    toire de. Il donne deux exemples, ce produit ne se
    trouve pas sur notre région et le bulletin vous informe de
    ce qui se passe sur la paroisse. Le second de ces
    exemples montre bien que déjà, quand écrivait
    Dupré, l'usage abusif de sur n'était plus réservé au
    seul « jargon administratif et commercial ». Il s'est
    immensément élargi depuis cette date.

                                    *

        (« SUR LE JOURNAL »). Littré témoignait une cer-
    taine indulgence un peu confuse à l'égard de lire sur le
    journal, pourtant généralement proscrit. Il faisait
    remarquer qu'un journal pouvait être une étendue
    plate, comme une affiche, et qu'on dit bien sûr, très
    légitimement, lire sur une affiche. Mais alors il faudrait
    distinguer entre un journal simplement déplié et un 
    journal ouvert, à la façon d'un livre ; et peut-être
    introduire une nuance entre les divers degrés de péné-
    tration du regard par rapport au journal. Ainsi pour-
    rait-on dire sans commettre de faute, qui sait, qu'on a
    pris connaissance de tel ou tel événement en en lisant
    la nouvelle, inopinément, sur le journal de son voisin,
    dans le métro. Il restq qu'il existe une très nette diffé-
    rence de niveau de langage. sociale et culturelle, entre
    sur le journal et dans le journal, qui envisage la lecture de
    façon plus intellectuelle, si l'on veut, et moins exclusive-
    ment physique. Quant à lire ou voir quelque chose sur
    un livre, c'est une tournure presque caricaturale.
        J'ai lu comme ça sur un bouquin qu'le vin rouge
    c'était vachement bon pour le coeur, si t'en abuses pas.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus