Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Répertoire des délicatesses du français contemporain »
page 371

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«
TORINO. On commence à entendre certains Français
    parler en français de Torino, de Ravenna, de Lucca,
    de Salamanca ou de La Coruña. Paradoxalement, ce
    sont en général des Français qui sont peu familiers
    de l'Italie ou de l'Espagne ; peu au fait, en tout cas,
    des liens anciens et intimes de la France avec ces
    pays, et de la place que tiennent ces villes dans
    notre culture, et dans notre amour.
        On pourrait considérer, bien sûr, que ce serait
    un pas vers l'unité de l'Europe que de convenir que
    le nom des villes, sur tout le continent, serait désor-
    mais celui qu'elles portent dans la langue parlée
    entre leurs murs. En anglais, en danois, en portu-
    gais, en grec, en français, on ne dirait plus que
    Roma, Firenze, Ghent, Lisboa, Dover, Cortrijk, Toledo,
    München, Saloniki. La commodité y gagnerait, le
    sentiment communautaire aussi.
        Mais la culture, elle, y perdrait – cela du moins si
    elle est épaisseur des siècles, intimité, inscription dans
    les livres et les cœurs. Firenze est un très beau nom,
    pour Florence ; mais depuis le temps que nous
    aimons Florence, il nous semble que sa lumière et
    son rayonnement ne sont pas séparables de ces lettres
    et de ce bruit-là, Florence. Firenze est plus juste et plus
    vrai, sans doute. Mais Florence est plus fidèle à l'écho
    de cette justesse en nous, et de cette vérité.
        Ce sont les Français qui découvrent Lucques, ou
    qui n'en ont jamais entendu parler, qui disent Lucca
    comme les Italiens. Nous qui aimons cette ville
    depuis bien avant nous, mais d'un amour français, de
    voyageur français et d'amant étranger, nous disons
    Lucques comme faisait Montaigne, ou son valet.
        Les villes étrangères ont des noms français dans
    la mesure exacte de la curiosité, du respect et du goût
    que leur a portés la culture française, à tort ou à rai-
    son. Grossetto n'en a pas, Orvieto non plus bizarre-
    ment ; ni Rovigo, ni La Spezia, ni Casalpusterlengo ;
    ni Huesca, ni Porto, ni Maastricht, ni Bonn. Mais
    nous disons Mantoue, Un rêve fait à Mantoue, Le
    Château d'Udine, Le Château d'Otrante, Crémone,
    Vicence, Turin, Urbin, Assise, Livourne, Messine,
    Tarente, Plaisance, Verceil, Vintimille ; nous disons
    Saragosse, Cadix, Aix-la-Chapelle, Brême, Bruges,
    Bois-le-Duc, Cantorbéry. Certains de ces noms sont
    prêts à lâcher, on le sent bien. Urbin ne tient plus
    qu'à peine. Combien de temps allons-nous dire
    Trêves, ou Nimègue, ou La Corogne ? Et pourtant il
    nous semble que le monde sera plus plat, quand
    Venezia aura cessé d'être aussi Venise, sur les bords
    lagunaires de son nom.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus