Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Les Nuits de l’âme (Journal 1996) »
page 178

Voir la description du livre

«
    Mardi 27 août, cinq heures et quart, le soir. Deuxième
soirée des Nuits de l'âme, hier : une autre épreuve heureu-
sement surmontée. Cyril Huvé est un très brillant pianiste,
Daniel Mesguich est un acteur et un récitant de la plus
haute compétence professionnelle, les mélodrames roman-
tiques, bien qu'ils soient écrits sur de médiocres textes,
abondent en excellente musique – en particulier de la part
de Liszt.

    Quant aux Ruines circulaires, le texte en est évidemment
admirable, au contraire. Et la musique de Michèle Reverdy
est bien sûr infiniment plus séduisante sur un bon piano de
concert, en version intégrale, que sur un piano de salon,
en version de répétition. Le danger qui la menace est de
ressembler à une musique de cinéma muet. S'il arrive qu'elle
y tombe, ce n'est pas faute de délicatesse, ni d'énergie. Elle
a été exécutée avec beaucoup d'éclat par les deux interprètes,
et elle a remporté un vif succès auprès d'un public très
chaleureux, mais hélas assez peu nombreux. C'est bien là
que le bât blesse : il y avait moins de monde hier qu'il
n'y en avait samedi pour les Turcs, et la recette est encore
inférieure : moins de cent cinquante personnes, je crois, et
moins de dix mille francs. Comment tout cela va-t-il finir ?

    Je suis dans un état de fatigue effroyable, avec une
douleur au genou qui me persécute depuis une semaine. Le
temps est gris. Le mari de Mme Gobeil, Émile Noël, qui
fut l'adjoint de Jean Monnet et pendant un quart de siècle
l'inamovible secrétaire général des Communautés euro-
péennes, est mort : elle m'a téléphoné ce matin, elle était
en pleurs. Quant à Flatters il est amoureux, et il abjure
expressément toute dignité.

    « C'est le seul domaine où tu n'as aucune influence sur
moi », dit-il.

    Et en effet, à partir de quelle position, de quelle sagesse,
de quel bonheur pourrais-je bien lui donner des conseils ?
Il ne me l'envoie pas dire.

    « La dignité, la dignité, on voit ce que ça donne (sous-
entendu : dans ton cas). Non, moi je veux être comme une
bête. M. est une bête, et j'en serai une aussi… »

    Festival, festival – mais où est la fête, dans tout cela ?

    Seule bonne nouvelle, un grand article de Philippe
Dagen dans Le Monde, sur l'exposition Miró. Mais il
m'inspire autant de frustration que de satisfaction car il me
rappelle que je n'étais pas ici lorsque Dagen y est passé, que
je n'ai donc pas pu le recevoir et lui parler, qu'il n'a pas vu
les parties hautes de la maison, lesquelles sont infiniment
plus gaies que les autres, ni les Marcheschi. Il parle très
favorablement de l'exposition, mais c'est sur un ton un peu
condescendant. Et il la loue surtout de n'observer aucune
des lois de la muséographie classique. Il dit que les œuvres
sont « simplement livrées au regard ». Certes c'est pour s'en
féliciter ; toutefois le compliment est un peu ambigu.

    Dagen dit aussi que les pièces exposées ont été
« souvent présentées » ailleurs, ce qui pour la plupart d'entre
elles n'est pas exact. Il ajoute qu'on a rarement pu les voir
aussi bien. Ce n'est qu'une consolation partielle. Du
château lui-même il écrit par exemple : « Il a fallu refaire
en bois une partie de l'escalier à vis, et ce qui reste de
marches de pierre inspire la méfiance plus que le respect. »
Il reste que l'article est énorme, presque une page entière,
et la publicité sans doute excellente.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus