Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Les Nuits de l’âme (Journal 1996) »
page 238

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«
    Dimanche 3 novembre, six heures du soir. Une belle
promenade d'après-midi, en dépit du temps gris et bas,
parfaitement de saison. Sur la colline de Larroque, entre ici
et Lectoure. derrière Castel-Picon et au-dessus du château
de Lesquère, est posée une maison solitaire qui pendant des
mois fut louée. Les locataires avaient un énorme chien, un
dogue danois. Il paraît que ce chien n'était pas vraiment
méchant : néanmoins il vociférait la bave aux dents sitôt
que l'on approchait, et ce manège n'encourageait pas à
pratiquer ces hauteurs. J'y avais même tout à fait renoncé.
Mais les locataires sont partis. La maison est inoccupée, le
chien n'est plus là. Du coup sont restituées à mes errances
ces crêtes gavées d'air et de ciel, où l'on peut s'avancer en
terrain plat entre de vraies immensités de paysage. Et moi
de m'aviser une fois de plus que c'est exactement ce que
j'aime : non pas tant les sommets que les crêtes – pouvoir
marcher longuement avec le vide à ses côtés, de part et
d'autre, les paysages à ses pieds.

    De là-bas il n'y a guère que Plieux pour se dresser à
même hauteur, au-delà de la vallée de l'Auroue. C'est même
l'un des meilleurs points de vue, sur le château.

                                            *

    Soirée de cirque à Auch, hier soir, invité par M. Mas,
le directeur départemental de la Caisse d'épargne : il
subventionne un peu Les Nuits de l'âme, et beaucoup ce
festival Circa dont c'était le gala de clôture.

    Il y aurait beaucoup à dire, bien entendu, comme du
dîner qui suivit, sous le chapiteau. Le cirque essaie de sortir
du cirque, manifestement, mais il éprouve beaucoup de
difficultés à mener à bien cette manœuvre hardie, peut-être
sa dernière chance de salut. En effet s'il s'expose, comme il
tend à le faire, à être jugé selon les critères de la danse,
ou bien ceux du théâtre, voire des arts plastiques et de la
« performance », il risque de n'être pas estimé bien haut, tant
il part désavantagé par son retard artistique.

    Une troupe manifestait pourtant un assez beau talent,
surtout en la personne de deux de ses acrobates, jongleurs,
équilibristes et danseurs à la fois, deux frères, peut-être, qui
font preuve en leur singulier visage, et dans chacun de leurs
gestes, d'un beau sens du théâtre et de l'étrangeté. Cette
troupe s'appelle « Les Mauvais Esprits » – ce qui n'est sans
doute pas un très bon nom.

    Mais je n'ai pas le temps d'en parler davantage car je
suis impatient de retourner à P.A. Ce livre et moi sommes
en pleine lune de miel, ces jours-ci. Il y a longtemps que je
n'avais pas éprouvé à travailler pareil entrain. C'est que je
crois juste la forme que j'ai choisie. D'ailleurs je ne l'ai pas
choisie, tant elle m'est naturelle. Pour le meilleur et pour le
pire, elle est vraiment la forme de mon esprit. Aussi
n'éprouvé-je à la remplir aucune difficulté. Le livre vient
tout seul.

    Même l'épisode malheureux, en somme, de cette
rencontre minitélienne d'avant-hier, si décevante, même cet
épisode-là me sert. Il m'aide à me convaincre qu'il n'y a
rien à attendre des quelques faibles moyens que je croyais
me rester de rompre ma solitude. Mon ultime et seule vraie
ressource, c'est ce livre lui-même, cette « petite annonce »,
P.A. Cette conviction confère à l'entreprise, et au travail
qu'elle implique, une charge de désir, d'espoir et de
recherche vraie d'un effet érotique, ou sentimental, qui est
exactement ce qu'il leur fallait. D'ailleurs, j'y retourne.

    Ceci encore, toutefois : un Anglais qui séjournait cet
été à l'hôtel de Lassalle, et qui m'avait laissé un exemplaire
de Tricks pour que je le lui dédicace, m'a envoyé un roman
de lui, A Hollywood Conscience, qui est tout à fait distrayant.
Dans ce livre, écrit sous le pseudonyme de Ned Cresswell,
un personnage dit qu'il ne fait rien pour sa vie sexuelle,
mais attend les occasions qui se présentent. (Coïncidence,
juste à ce moment-là, coup de téléphone d'un Philippe de
Bordeaux, d'origine minitélienne lui aussi, mais antérieure à
celle de l'Alain de Toulouse rencontré avant-hier. Comme ce
dernier épisode a sérieusement refroidi mes envies de blind
dates, je suis on ne peut plus détaché.) Cette politique me 
semble pleine d'attraits, aujourd'hui. Il est vrai que celui qui
la vante est un garçon superbe, ce qui doit faciliter gran-
dement sa mise en application ; d'autre part il vit à Los
Angeles, lui, pas à Plieux-les-Canards.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus