Photo © Renaud Camus
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Message de Jean Sercy déposé le 06/06/2015 à 13h53 (UTC)
Objet : Figure bathmologique
Référence : 026569

[Voir la fiche descriptive de Buena Vista Park]

Ayant commencé il y a quelques temps un petit texte sur la bathmologie, dont je ne savais que faire, j'ai pensé qu'un extrait (une citation un peu commentée en réalité) pourrait trouver sa place ici :
Edgar Poe « La lettre volée » :
« J'ai connu un enfant de huit ans, dont l'infaillibilité au jeu de pair ou impair faisait l'admiration universelle. Ce jeu est simple, on y joue avec des billes. L'un des joueurs tient dans sa main un certain nombre de ses billes, et demande à l'autre : « Pair ou non ? » Si celui-ci devine juste, il gagne une bille ; s'il se trompe, il en perd une. L'enfant dont je parle gagnait toutes les billes de l'école. Naturellement il avait un mode de divination, lequel consistait dans la simple observation et dans l'appréciation de la finesse de ses adversaires. Supposons que son adversaire soit un parfait nigaud et, levant sa main fermée, lui demande : « Pair ou impair ? » Notre écolier répond « Impair ! » et il a perdu. Mais à la seconde épreuve, il gagne, car il se dit en lui-même : « Le niais avait mis pair la première fois, et toute sa ruse ne va qu'à lui faire mettre impair à la seconde ; je dirai donc : « Impair » Il dit « Impair », et il gagne. Maintenant, avec un adversaire un peu moins simple, il aurait raisonné ainsi : « Ce garçon voit que, dans le premier cas, j'ai dit « Impair », et, dans le second, il se proposera, - c'est la première idée qui se présentera à lui, - une simple variation de pair à impair comme fait le premier bêta ; mais une seconde réflexion lui dira que c'est là un changement trop simple, et finalement il décidera à mettre pair comme la première fois. - Je dirai donc : « Pair ! » Il dit « Pair », et gagne. Maintenant, ce mode de raisonnement de notre écolier, que ses camarades appellent la chance, - en dernière analyse, qu'est-ce que c'est ? - C'est simplement, dis-je, une identification de l'intellect de notre raisonnement avec celui de l'adversaire. »
Les degrés se succèdent ici, du pair à l'impair, selon que l'adversaire a plus ou moins de lumière. On pourrait en effet continuer au-delà des deux cas que propose Poe : un adversaire encore un peu moins simple se dira que revenir à « Pair » est à nouveau trop simple, et reviendra donc à l' « Impair » du nigaud – il jouera le même coup, mais celui-ci lui sera en réalité supérieur de deux degrés ; et ainsi de suite. Si l'on suppose parfaite l'identification de l'intellect du raisonnement de l'enfant avec celui de son adversaire, ce dernier ne pourra que perdre tout, dans la mesure où il s'en remet aux ressources limitées de son intelligence inférieure : l'enfant de huit ans le bat au jeu des degrés. Mais l'adversaire pourrait, adoptant peut-être ce que Renaud Camus nomme « méta-bathmologie », rompre le jeu des degrés en s'en remettant au hasard, revenir précisément à une chance sur deux, ratio qu'il espérait optimiser dans un pari provoquant sa perte.

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