Photo © Renaud Camus
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Paru dans Libertepolitique.com
Date Décembre 2011
à propos de Décivilisation
Auteur Hubert de Champris
Henri Massis aurait dit de l’ouvrage : c’est une nouvelle Défense de l’Occident. Ce à quoi Renaud Camus rétorquerait qu’il l’était tout autant de l’Orient. Car, s’il y a des civilisations, des cultures, il n’existe, au fondement de leur permanence, qu’un processus : celui de la transmission. Puis, à l’œuvre dans chacune de ces aires géographiques, un travail de sape général généré par la modernité et nommé décivilisation.
On demeure passablement stupéfait devant l’immense richesse du dernier essai en date de notre pourfendeur de la démocratie « excessive » (ce régime sec qui croit que le postulat de l’égalité absolue doit régner dans les moindres recoins de la vie privée comme de la vie publique, qui – pire – confond avec jubilation les deux), de l’hyper-démocratie, comme il l’appelle. Notre auteur décortique en effet à l’extrême, dissèque jusqu’au moindre ligament, ausculte jusqu’à la moelle tous les travers d’une époque, la nôtre, bien propre à lui inspirer une sainte, très sainte horreur. Défense de l’Occident actuel ? Plutôt descente en flèches – et quelle flèches ! De celles faites de phrases au goût rare – de ce qu’il est devenu : un accident de civilisation. Pour ce faire, explorateur endurant (frayer avec la vulgarité est à la longue éreintant), usant de diverses sciences humaines (la linguistique, l’histoire des idées politiques, la morale, la psychologie des masses, la morale etc, en somme une anthropologie intégrale) et, avant tout, de ses dons d’observation et de déduction logique, notre Stanley part à la recherche d’un monde perdu et des motifs de sa perte. Cet Ancien Régime s’est prolongé grosso modo jusqu’aux années soixante. Alors, démontre-t-il au moyen d’exemples symptomatiques tirés du sac (à maléfices) d’un fol et involontaire humour, dans toutes les couches de la société, de la paysannerie à l’aristocratie, en insistant sur une petite bourgeoisie dont l’auteur détecte avec une grande intelligence toutes les subtilités langagières, on savait parler. Et, parce qu’on savait s’exprimer, on savait penser. Dès lors, puisque chacun, dans l’acception la plus large du verbe, savait se tenir, il en était pareillement de tout l’édifice social. En distinguant jusqu’à l’absurde des ego au demeurant peu distingués tout en se refusant à les hiérarchiser, en voulant à tout prix le beurre et l’argent du beurre, le vers de l’égalité tous azimuts a transformé la démocratie en un système qui se mord la queue, invivable. En s’esbaudissant devant le moindre petit moi (souvent l’enfant-roi), le mot bas proféré à haute voix, en se vautrant en permanence dans les eaux putrescentes de la déliquescence syntaxique, en faisant mesures et juges de toutes choses ces mauvaises manières, la civilisation française se subvertit elle-même. Après avoir déterré ses racines, elle crève à petits feux (en cas de révolution, ce sont des grands),– ce qu’elle appelle surfer sur un éternel présent. Le problème, c’est que ce n’est pas un cadeau. Mais on a bien des compensations. Car cette tragédie qui ne dit pas son nom est aussi une comédie souvent fort drôle. Camus dévide la pelotes des symptôme du mal avec un côte pince (Prince)-sans-rire qui ne loupe jamais sa cible, même si cette critique en règles (de grand style) est sans effets (à court terme) puisque, à l’instar des bourgeois, des précieuses, des tartuffes d’antan, ceux qu’elle vise, s’il s’avérait qu’ils se sentissent un jour visés, ne se départiraient pas pour autant de leur implacable bonne conscience.
Citons-en quelques extraits, histoire de rire ou de sourire. Sur la fin de la hiérarchie entre parents et enfants : «Il y a une sorte de visage type, d’expression caractéristique, de l’enfant s’adressant à ses parents, que paraissent n’avoir pas connu les autres siècles (…) : un mélange d’animosité et de mépris, de revendication permanente et d’apitoiement moqueur, où semble dominer tout de même le défi (…). Devant les enfants, le témoin étranger a souvent l’impression (…) d’être confronté à des leaders syndicalistes hargneux, des commissaires du peuple ne désarmant jamais (…), des contrôleurs du fisc mal lunés, des juges impitoyables et qui auraient répudié toutes les délicatesses de langage et les solennités formalistes de l’ancienne magistrature (comme l’a fait d’ailleurs, pour une large part, la nouvelle).»
Tout est ce tonneau dans ce bel essai, même si l’on doute que la grande masse sache en goûter le vin. D’ailleurs, est-ce une AOC,– une “appellation d’origine contrôlée” ? Pas toujours. Sa critique du langage contemporain, à quatre vingt pour cent justifiée, est ainsi parfois spécieuse. La place nous manque pour ici le montrer. La ponctuation de Camus est assez innovante, pour ne pas dire paradoxale. Montherlant aurait tiqué. Comment résumer en un mot nos autres réserves envers un livre cependant en tous points considérable ? Camus s’inscrit dans la veine de Tocqueville, d’Ortega y Gasset, de Muray et tant d’autres. La chaîne est longue de tous ceux qu’il approuve et conforte en leurs démonstrations, craintes et avertissements. On ne doit toutefois pas oublier une chose : les masses en fin de compte (mais, cela est vrai, le compte est très long) sont bon enfant. En ses principes mécaniques les plus élémentaires, la démocratie fonctionnerait sur le mimétisme et la facilité. Afin qu’elle demeure viable à terme, suffirait-il de conserver le premier et de substituer au second la difficulté ? De la subvertir de l’intérieur en quelque sorte, en la prenant à son propre piège, mais pour mieux la sauvegarder ? Bref, nous sommes tous destinés à être sauvé, à condition d’y mettre du sien, le lecteur des Inrocks (repeint d’un nouvel anti-corrosif d’une main qu’on suppose de maître, celle de David Kessler) comme celui de Rivarol (on vous rassure, amis de la rive gauche, c’est pour la rime.) Sans les œuvres, la foi n’est rien (et la grâce moins efficiente) : il nous faut donc agir en pédagogue. L’apologie du Vrai, du Beau, du Bien, l’esthétisme du propriétaire terrien, les prières du faux bigot (et qui ne le sait même pas), et même les bonnes manières sont impropres à endiguer le mal. Aux superbes analyses d’un Renaud Camus, il faut ajouter les vertus du bon exemple. Lui peut accomplir ce que l’édiction et l’observance de tous les préceptes ne sauraient faire à eux seuls. Camus en est d’ailleurs conscient qui reproduit, sans la commenter (mais comme pour l’approuver), l’intégralité d’une lettre d’un de ses lecteurs [1]. En substance, ce dernier le félicite tout en lui disant que toute cette juste appréhension du monde serait encore plus pertinente si son auteur savait se colleter avec le peuple. Et puis, et puis… Renaud Camus n’écrivez-vous pas excellemment que l’essence du savoir-vivre, c’est dire le plus avec le moins. Aussi, à vous lire, volions-nous haut quand, tout à coup, à vous voir évoquer, et de manière revendicative, votre vie très privée, nous atterrîmes pour ainsi dire au camping de Palavas-les-Flots au mois d’août. Oh peu de choses, en fait, rien qu’une faute de goût, en somme un vice de forme. En grande forme même.

Notes

[1] Renaud Camus, Parti pris – Journal 2010, Fayard, 595 p., 32 €.
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Modifié par Webmaster 19/12/2011 11:11:05

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