Photo © Renaud Camus
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Paru dans Le Figaro Littéraire
Date 05/02/2009
Titre Ils n’écrivent pas pour plaire
Auteur Christian Authier
DOSSIER
Certains auteurs n’hésitent pas à dire leurs quatre vérités à leurs contemporains. Au risque de se rendre odieux. Plusieurs d’entre eux publient ces jours-ci.
En un temps où les écrivains doivent faire bonne figure sur les plateaux de télévision pour séduire les lecteurs, on s’étonne d’en trouver encore qui ont le front de se mettre à dos les médias et le public en se montrant insolents, impertinents, et même odieux.
Et pourtant, dans le sillage de Céline, qui ne cessa dans ses romans de mettre au jour la veulerie des hommes en les montrant sous leur jour le plus noir, des auteurs contemporains, comme Michel Houellebecq, Jean Clair, Maurice G. Dantec, Renaud Camus, Richard Millet, publient ces jours-ci des livres où, c’est le moins que l’on puisse dire, ils n’hésitent pas à dire tout le mal qu’ils pensent de leurs semblables. La compassion, les bons sentiments, l’optimisme… très peu pour eux.
S’ils ne cherchent pas à toute force à déplaire, le désir d’être aimé et approuvé par le grand nombre n’est pas ce qui les guide. Contre vents et marées, ils écrivent ce qu’ils pensent, s’acharnent à dire ce qui ne se dit pas, au risque de déplaire.
Qu’ils défendent la cigarette, brocardent l’art contemporain, fassent l’apologie de la guerre ou pointent les catastrophes sociales induites par la modification des mœurs, ils prennent le plus grand des risques dans notre société où règne la « bien-pensante » : celui d’être étiqueté de « réactionnaire» et banni de la scène médiatique.
Certains rétorquent que c’est le ressentiment ou une méchanceté maladive qui les anime. N’empêche, ces réfractaires considèrent que leur mission d’écrivain est de porter le fer là où ça fait le plus mal, de débusquer la bêtise propre à ce monde, d’attaquer les idées molles. Leur arrogance, leur volonté de choquer ont le côté insupportable des électrochocs. Mais ils nous lancent un défi : tenter de voir dans le noir plutôt que de se laisser éblouir par les lumières artificielles.

Ces écrivains qui se fichent d’avoir l’air sympa

Renaud Camus : « J’aimerais bien plaire mais je n’y tiens pas à tout prix. »
L’écrivain a l’habitude d’exprimer ce qu’il pense sans se demander si cela va le rendre sympathique aux yeux de l’opinion. Il s’en explique.
Vous voulez bien me demander de vous expliquer « Pourquoi je ne cherche, pas à plaire ». Je crains un petit malentendu : plaire ne me déplairait pas du tout, je vous assure. Tout juste concéderai-je peut-être, pour aller dans le sens de votre question, que j’aimerais autant plaire, si c’était possible, malgré ceci ou cela qu’à cause de tel ou tel trait plaisant, trop plaisant - ce me semble une faveur de meilleure qualité.
Mais peut-être l’essentiel de votre question, ou plutôt de l’expression que vous me prêtez, est-il dans le chercher à. J’aimerais bien plaire, oui, mais je n’y tiens pas à tout prix ; et vis dans l’illusion, dont les faits ne m’ont pas désabusé encore, que ne cherchant pas à plaire à tout le monde, ni seulement à beaucoup, on plaît davantage à quelques-uns, si quelques-uns n’est pas trop dire.
Mon grand malheur est que je ne pense à peu près rien de ce qu’il faut dire et penser pour vivre heureux et tranquille dans la société telle qu’elle va : ça ne facilite pas les rapports avec le monde, ni ne contribue à rendre populaire. Ainsi tous les médias annoncent triomphalement, en nous invitant à nous en réjouir, que la population du pays a augmenté de trois millions d’individus en sept ans, ou de sept millions en trois ans, je ne sais plus : je trouve que c’est un désastre écologique majeur, et un pas de géant pour le devenir-banlieue de la terre. Nous sommes sommés de nous prosterner tous devant la nouvelle déesse Diversité : ce que je vois surtout, ce sont les progrès foudroyant du Même. Le multiculturalisme est de toute part adoré, ce que je distingue au premier chef sous son masque c’est la Grande Déculturation, qui selon moi est à la fois sa condition sine qua non et son effet le plus patent. Et ainsi de suite. Comment voulez-vous plaire dans ces conditions ? Pourtant je n’aimerais rien tant.
L’ironie est que ce que l’on me reproche, c’est généralement à tort, ou bien c’est incompatible avec les foudres encourues par moi un peu plus tôt, un peu plus tard ou en même temps : ainsi j’ai passé un temps pour antisémite et maintenant me fais injurier comme exagérément philosémite, pro-israélien à l’excès. Il fut de bon ton de me traiter de pétainiste (moi qui n’admire rien tant que l’homme du 18 Juin, sauf peut-être Churchill) mais simultanéùent de pornographe, et d’une espèce particulièrement destestée de Vichy. Les uns reprochent à mon style un archaïsme ranci, les autres à d’autres de mes livres que les premiers ne connaissent pas un avant-gardisme outrancier, inintelligible. Tout cela vous forge une certaine philosophie, à défaut d’une vraie sagesse. Et n’incite pas à se fatiguer beaucoup pour quêtre l’approbation du monde, ou pour se garer de sa désapprobation. De toute façon, quand on voit les formes modernes de son amour, on se console de n’en être pas l’objet. Dans les Lettres, en tout cas, la gloire 2009 réconcilie à merveille avec la défaveur, qui est plutôt moins humiliante.
Renaud Camus

Lanceur de pavé

Si quatre lignes de son journal intime La Campagne de France valuent en 2000 à Renaud Camus une violente polémique où certains l’accusèrent d’antisémitisme quand d’autres — dont l’indéfectible Alain Finkielkraut prirent sa défense, l’anecdote n’eut pas de conséquence sur son impressionnante prolixité. Voici quelques semaines, il publiait simultanément le deuxième volume des Demeures de l’esprit (évocations de maisons d’artistes ou de personnages historiques) et un volule de son journal intitulé Le Royaume de Sobrarbe.
En avril paraîtra la suite de ces deux « séries ». Comme d’habitude, l’écrivain lance ses pavés dans l’enfer des bonnes intentions, cultive sa mauvaise humeur, déplore les nuisances de la vie moderne, y compris dans ce qu’elles ont de plus anecdotiques, car il sait que la grande déculturation se cache aussi dans les détails?
Son journal brasse le bruit du monde et le quotidien d’une vie, tour à tour jubilatoire (ses numéros de ronchon, ses déboires avec un éditeur indélicat) et horripilant (le détail de ses factures avec et sans TVA), tout en exposant sa phobie de « la fusion définitive de l’univers métissé ». Camus, nostalgique d’anciens royaumes depuis son château-musée de Plieux, fera grincer quelques dents. Rien de surprenant de la part de celui qui pourfend « l’idéologie du sympa ».
C.A.
« Le Royaume de Sobrarbe » (Journal 2005)
de Renaud Camus
Fayard, 673 p., 32€
« Demeures de l’esprit » (Vol. II)
Fayard, 427 p., 29,90€
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