Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Le Figaro Littéraire
Date 28/01/2010
à propos de Demeures de l’esprit
Titre Le pays où les pierres parlent
Auteur Sébastien Lapaque

Patrimoine

Renaud Camus poursuit le fantôme des écrivains et artistes qu’il aime dans les maisons qu’ils habitèrent.
Il y a , dans l’œuvre de Renaud Camus, quelque chose de monumental qui s’accorde mal aux passions minuscules du temps où nous sommes. Un journal intime en vingt-deux tomes, sept romans, des récits, des miscellanées, des élégies, des églogues, des textes sur l’art, du théâtre. Et cette étonnante entreprise topographique de recensement des « demeures de l’esprit » commencée en 2008.
À notre goût, c’est ce qu’il a produit de meilleur. Ce grand œuvre se prolonge avec un volume baptisé France II Nord-Ouest consacré à la Vendée, la Bretagne, la Normandie, le Berry, le Perche et la riante Touraine qu’aimèrent tant Rabelais et Balzac.
Le seul énoncé de ces noms de pays réveille le souvenir des écrivains et des artistes qui sont nés et ont vécu, rêvé, aimé, souffert, peint, sculpté, composé, écrit dans la lumière d’occident. Gustave Flaubert à Croisset, Erik Satie à Honfleur, Barbey d’Aurevilly à Valognes, Mme de Sévigné aux Rochers, Chateaubriand à Combourg; Sarah Bernhardt à Belle-Île, Maurice Leblanc à Étretat, Ronsard à Saint-Cosme, Marcel Proust à Illiers-Combray, Léonard de Vinci au Clos Lucé, Saint-Pol Roux à Camaret, Jacques Prévert à Omonville-la-Petite, Claude Monet à Giverny. Renaud Camus, qu’on soupçonne d’avoir lu tous les livres, a visité tous ces lieux hantés, prêtant son bras aux ombres choisies d’artistes qu’il fréquente comme de vieux amis — et qu’il connaît mieux qu’il connaît la plupart de ses contemporains.
Illustré avec de très nombreuses photographies en couleurs de l’auteur, ce quatrième tome de Demeures de l’esprit est le livre d’un promeneur solitaire, d’un romancier en quête d’émotion, d’un poète en quête de merveilleux, d’un chroniqueur féroce des vanités de son temps. C’est aussi l’œuvre d’un critique littéraire qui aime s’attarder à lire des poètes oubliés — Nicolas Rapin, Honorat de Racan, Patrice de La Tour du Pin —, et le manuel d’un historien de l’art capable d’évoquer la qualité d’une restauration et les méfaits de la muséographie contemporaine.

Herbe drue

Puisqu’on s’interroge présentement sur l’identité de la France, il convient de lire ce livre : il rappelle que la matière dont notre pavs est fait a une âme. Partout en France, les pierres parlent, les maisons chantent, les vergers racontent des secrets, les arbres murmurent des légendes. Nous sommes doués pour la guerre civile, le temps perdu à n’importe quoi, l’importance accordée à n’importe qui. Mais cette vieille nation littéraire a égalèment ses jardins secrets où « pousse l’herbe non de l’oubli mais de la vie éternelle, l’herbe drue des œuvres fécondes » chère à Proust.
C’est cette herbe drue que Renaud Camus retrouve en visitant les demeures de l’esprit de la France du Nord-Ouest. L’index des noms de personnes de son livre est imposant. Il n’y manque qu’un nom, celui de Georges Bernanos, qui dirigea l’hebdomadaire royaliste L’AvantGarde de Normandie à Rouen en 1913-1914. De la Normandie au Boulonnais, il n’y a qu’un pas à faire : il faut visiter le pays d’Artois qui sert de décor à ses romans.
Dans le petit village de Fressin, il ne reste que des ruines de la « chère vieille maison dans les arbres » où l’écrivain passait l’été au temps de sa jeunesse. Mais il est possible de se glisser dans les paysages du Boulonnais tragique de Bernanos, ne serait-ce qu’en poussant la porte de l’église Saint-Martin de Fressin à l’heure de la messe.
Renaud Camus destine peut-être ce plaisir délicat à un volume dédié à la France du Nord — dans sa géographie, il ne range pas la Somme et le Pas-de-Calais dans le Nord-Ouest. À moins qu’il réserve la poursuite du fantôme de l’abbé Donissan à des paroissiens mieux trouvés que lui. L’auteur de L’Épuisant Désir de ces choses n’a pas la réputation de cultiver les nostalgies d’enfant de chœur. Ce qui lui vaut la colère des imbéciles, mais aussi la faveur de ceux qui savent, avec l’écrivain russe Eugène Zamiatine, que la vraie littérature ne peut pas être produite par des fonctionnaires bien-pensants et zélés mais par des fous, des ermites, des hérétiques, des rebelles et des sceptiques.
Sébastien Lapaque
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Modifié par Webmaster 30/01/2010 16:39:05

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