Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Le Nouvel Observateur
Date 10/07/2008
à propos de Demeures de l’esprit
Titre Promenade dans un jardin anglais
Auteur Jérôme Garcin

Visite aux grands écrivains…

Promenade dans un jardin anglais

Renaud Camus [1] a visité et photographié en Grande-Bretagne les maisons des écrivains et des savants
On n’imaginait pas l’aventureux auteur du « Livre de la jungle » dans un manoir si sage, ombreux et monastique. C’est en 1902 que Rudyard Kipling acheta, à Bateman’s (Sussex), cette belle bâtisse du XVIIe, lovée au fond d’une vallée verdoyante et remplie de riches damas, de boiseries cirées, de cuirs patinés. Soixante-dix ans après la mort du chantre de l’empire britannique, sa Rolls-Royce bleu et noir dort toujours, dans le garage, d’un sommeil féerique ; la caressant de l’œil, Renaud Camus lui trouve un prestige de carrosse d’apparat.
C’est là qu’est venue, au châtelain féodal de Plieux (Gers), l’idée d’un étonnant et passionnant vade-mecum. Indifférent à Kipling, il tomba littéralement amoureux de Bateman’s. Et s’en retourna à l’écrivain après avoir visité et sa maison et son bureau ouvert sur la campagne. Sac au dos et appareil photo en bandoulière, il entreprit alors un long périple à travers la Grande-Bretagne, du Dorset au Yorkshire, afin de fréquenter les esprits dans leurs demeures, de rencontrer les écrivains morts dans les maisons qui leur survivent, d’admirer les paysages que les artistes ont peints et les champs où, parfois, les génies eurent du génie. (Camus médite ainsi dans le joli verger du Lincolnshire où Newton, voyant tomber une pomme à ses pieds, découvrit la loi de l’attraction universelle ; l’herbe y est haute et le pommier, ou du moins son héritier, généreux.)
Renaud Camus aime les maisons qui donnent l’illusion au visiteur qu’elle était encore habitée le matin même par son légendaire propriétaire ; il n’est pas à l’aise, en revanche, dans les « Demeures de l’esprit » transformées par le National Trust en musées pour touristes fétichistes comme celle de Dickens, à Londres, où sont exposés, à la manière de reliques, la canne, la tabatière, le fauteuil et l’habit de cour de l’auteur d’« Oliver Twist ».
Pérégrinant dans les pas de Camus, on mesure l’étonnante variété du parc immobilier de la littérature anglaise. Cela va de la petite masure au fond des bois où le soldat de deuxième classe T. E. Lawrence, alias Lawrence d’Arabie, recevait George Bernard Shaw et utilisait une ingénieuse machine à lire, jusqu’au manoir gigantesque et très laid de Benjamin Disraeli, dans le Buckinghamshire. Entre ces deux extrêmes on est séduit par le petit pavillon de verre et de bois, à Rodmell, que Virginia Woolf fit construire pour écrire au milieu des fleurs du jardin et des légumes du potager ; on tombe sous le charme de la maison-bateau de Dylan Thomas, au fond d’une crique du pays de Galles ; on juge bien disgracieuse et déprimante la bâtisse en brique dont Thomas Hardy, ancien architecte reconverti par bonheur dans le roman, dessina lui-même les plans à Dorchester.
Ce catalogue de relais et châteaux se lit comme un recueil de nouvelles anglaises. C’est Winston Churchill (dont on a oublié qu’il reçut, en 1953, le prix Nobel de littérature et fut membre du syndicat de la maçonnerie) qui choisit en peintre, pour sa vue et ses perspectives, la demeure victorienne de Chartwell (Kent) — « c’est moins une maison qu’un regard » — et construisit lui-même toutes sortes de murettes dans le jardin. C’est le jeune lord Byron qui habite l’imposante abbaye-château de Newstead, et s’exerce au tir au pistolet, à l’escrime, à la boxe dans le grand hall qu’il n’a pas les moyens de restaurer. La promenade crépusculaire dans cette ruine magnifique, au pied d’une éminence boisée et bordée d’un grand lac, dont Camus fait le tour pour mieux la photographier, est saisissante : on croit entendre le souffle rauque des compagnons d’orgie du poète dans ce haut lieu gothique et sentir les odeurs fauves de sa ménagerie sous les voûtes percées.
« Demeures de l’esprit» [2], où Shakespeare voisine avec Freud et Darwin avec Gainsborough, c’est ce que Renaud Camus fait de mieux (on sait que l’idéologue est aussi capable du pire) : érudit, curieux, à la fois léger et grave, il nourrit ses pèlerinages, qui forment une manière de journal intime itinérant, de sa passion lyrique des paysages, de l’architecture, de la littérature, de la musique, de l’Histoire et celle, révolue, d’une certaine grandiloquence. E y ajoute une réflexion douce-amère sur le temps qui passe, les écrivains qui trépassent et les demeures qui demeurent, sous des ciels pommelés.

Notes

[1] Né en 1946, Renaud Camus est l’auteur de romans, d’élégies, de journaux intimes et d’essais. Il vient également de publier un pamphlet, « la Grande Déculturation » (Fayard, 15 euros).
[2] « Demeures de l’esprit », par Renaud Camus, Fayard, 564 p., 29 euros
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Modifié par Webmaster 20/07/2008 14:51:59

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