Photo © Renaud Camus
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Paru dans Lire
Date Mars 2007
à propos de Journal de Travers (1976-1977)
Titre Renaud Camus, gentilhomme de lettres
Auteur Jérôme Dupuis
L’ancien dandy, proche de Warhol et de Barthes, vit désormais retiré dans son château de Plieux. Il y rédige son monumental Journal, entouré de ses chiens, d’une magnifique collection d’art contemporain et, surtout, des paysages lumineux du Gers.
Une cloche avec une chaîne. On sonne. Une jeune femme vous ouvre, vous précède dans le large escalier en colimaçon de la tour et vous introduit dans une pièce rectangulaire longue comme la salle de bal du Guépard. Tout au bout, là-bas, une silhouette élégante se lève de son bureau pour vous accueillir: Renaud Camus, homme de lettres et seigneur du château de Plieux, Gers. Depuis les fenêtres de cette forteresse bâtie en 1340 et classée monument historique, cet amoureux obsessionnel des paysages peut admirer le mont Perdu, 150 kilomètres plus au sud. Et un jeu de lumière dans le crépuscule mordoré de ces collines de Lomagne suffit désormais à son bonheur — et à celui des lecteurs de son Journal, dont il livre, avec une régularité de métronome gersois, un nouveau volume de 600 pages chaque année.
Comme il paraît loin, le dandy des années Factory et Palace, toujours entre le Flore et une backroom, un beau moustachu et le cours de Barthes au Collège de France! On retrouve ce Camus-là dans les deux volumineux tomes de son Journal de travers (1976-77), promenade crue dans le Paris et le New York gay de l’avant-sida, publié ce mois-ci par Fayard. Il faut donc quelques instants au visiteur pour s’accoutumer à l’idée que cet exhibitionniste trash et le sage châtelain de Plieux ne font qu’un. Aujourd’hui, avec sa moustache Village People poivre et sel et ses yeux bleus étincelants, Renaud Camus a fini par ressembler au baron Ungern von Sternberg, ce conquérant des steppes qui le fascine tant.
Le centre de gravité de sa vie a basculé le 7 octobre 1992: en vendant sa «soupente» de 45 mètres carrés dans le Marais, il a pu — ô miracle! — acheter ce château gascon en ruine, jadis propriété de la famille Rochechouart et déserté depuis la Révolution. Une lointaine réminiscence des Trois mousquetaires l’a poussé à cette folie. «C’est ensuite que les ennuis ont commencé», sourit-il. Les lecteurs de son Journal le savent bien: la chronique tragi-comique des fuites du toit, des notes de chauffage et du ballet des huissiers a élevé Plieux au rang de véritable personnage. Ce n’est donc pas sans une certaine émotion que l’on contemple la chaudière, synecdoque — osons le mot, après tout nous sommes ici chez un disciple de Barthes… — de tous ces gouffres financiers. «J’ai l’impression d’être Buster Keaton enfournant des brassées de dollars dans la locomotive du Mécano de la General», soupire-t-il.
En suivant le propriétaire dans les étages, on découvre les lignes jansénistes de ce château gascon, composé de deux immenses pièces par étage. Renaud Camus les a transformées en salles d’exposition, où l’on a pu admirer des œuvres de Soulages, d’Henri Michaux ou de somptueux monochromes de Thursz. «Un jour, j’ai laissé ici quarante-cinq Miró sans aucune surveillance pendant un après-midi entier», en frissonne encore l’auteur d’Esthétique de la solitude. Ses deux labradors, Ottokar et Orage, jappent à ses pieds, indifférents à l’art contemporain. Aujourd’hui, ces longues salles — salle des Pierres, salle des Vents… — sont entièrement dévolues aux immenses toiles noircies à la bougie de Jean-Paul Marcheschi. L’une d’elles orne un mur de la chambre ultra-monacale de Camus — un lit, une table de nuit constituée de deux pierres de taille superposées et, comme une petite touche proustienne, un radiateur à roulettes en fonte accolé à l’oreiller.
Une porte et l’on pénètre dans le somptueux bureau-bibliothèque, où l’écrivain passe douze heures par jour rivé à sa table. Le Journal est en général rédigé dans le calme du soir, après la longue promenade sur les chemins creux alentour. Un second bureau, à l’autre bout de la pièce, est réservé à son ami Pierre. «Nous travaillons tels Bouvard et Pécuchet, ironise Camus, avant de poursuivre: le château introduit une solennité dans l’écriture et structure la journée. Je pense que la beauté des formes peut rendre heureux.»
Tout autour, des livres. Un «département» philosophie, un rayon histoire, Gibbon en V.O., quelques rangées de Pléiade, du Barthes comme s’il en pleuvait, un Who’s Who, les journaux intimes de son confrère Nabe et, bien sûr, Robbe-Grillet, Duras, Butor… Lui qui fut très proche du dernier Aragon conserve pieusement quelques éditions originales dédicacées par le maître, tel ce Persécuté persécuteur de 1931 — «Son ami de la dernière heure, Louis Aragon» — contenant le très surréaliste «Vive le Guépéou!». Et puis, au détour d’un rayonnage, un peu incongru, La face cachée du Monde, de Péan et Cohen, rappelle la violente polémique qui opposa, en 2000, Camus au quotidien du soir, suite à ses propos controversés sur la sur-représentation des juifs à l’émission Panorama de France Culture. Le château de Plieux est d’ailleurs le Q.G. de l’organisation politique fondée par Camus, le Parti de l’Innocence. De son maquis gersois, le sous-commandant Camus envoie régulièrement des communiqués (nous en sommes au n° 414), où il vitupère l’ «idéologie du sympa», le saccage du paysage français («Dès qu’il y a homme, il y a hangar») et les aberrations de notre système éducatif. Alain Finkielkraut, hôte régulier du château, s’est déjà réservé le portefeuille des Sports dans un — très hypothétique — gouvernement Camus…
On s’étonne donc un peu de voir, posée sur le bureau, une brassée de numéros récents du Monde. «J’y suis abonné, je n’arrive pas à lire un autre quotidien», s’excuserait presque le maître des lieux, bien peu rancunier. A côté, une pile bien rangée d’exemplaires du Scottish Field, magazine sur papier glacé pour gentleman-farmer écossais. «Je rêve d’habiter là-bas, au milieu de la lande, confie l’auteur de Rannoch Moor. Dans un château, évidemment…»
Journal de travers, à paraître le 20 mars.
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Modifié par Webmaster 07/03/2007 10:29:33

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