Photo © Renaud Camus
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Paru dans Le Monde de l’Art
Date Novembre 2010
Titre Thorvaldsen à Nysø
Auteur Renaud Camus
Souvent, le nom des artistes est spontanément associé à un lieu qu'ils y aient travaillé, comme Michel-Ange à la chapelle Sixtine et Tiepolo au palais de Würzburg, ou qu'ils y aient séjourné, comme Raphaël dans la demeure romaine conçue par Bramante, demeure dont on a gardé la mémoire sous le nom de « maison de Raphaël », alors même qu'elle n'existe plus. Voici l'histoire d'une de ces associations.
Thorvaldsen
Vincenzo Camuccini
Portrait de Bertel Thorvaldsen, 1808
Rome, Galleria Nazionale d'Arte
On n'imagine pas le triomphe que fut pour Thorvaldsen son retour au Danemark, en 1838. On a peine à concevoir, il est vrai la gloire dont il jouissait alors et qui même, quand nous la constatons, nous paraît difficilement explicable. Aux yeux de ses contemporains renaissait enfin avec lui, plus encore qu'avec Canova, trop sensuel encore, bien plus qu'avec Michel-Ange, trop frémissant, la sévère et pure beauté de l'art antique. Or, l'artiste qui avait retrouvé ce secret perdu depuis presque vingt siècles était danois. De parents islandais, mais né à Copenhague en 1770, il avait passé à Rome toute sa vie de création. Il y avait acquis cette célébrité universelle dont jamais n'avait joui avant lui aucun artiste danois, aucun Danois peut­être. Et voici que, chargé d'honneur, il rentrait au pays. Le 17 septembre 1838, la frégate Rota entrait dans le port de Copenhague, avec à son bord l'illustre artiste, un nombre considérable de ses propres œuvres et toute la précieuse collection qu'il avait réunie en presque un demi-siècle d'Italie. C'est un moment important de l'histoire sociologique de l'art car c'est la première fois qu'un artiste fait l'objet d'un traitement jusqu'alors réservé aux souverains et aux généraux vainqueurs, et qu'une nation entière se reconnaît en lui. Des milliers de ses compatriotes accueillent le héros, les uns massés sur les quais, les autres, les plus notables, debout et saluant du chapeau dans des barques voguant vers le canot qui l'amène à terre. La scène, avec plus ou moins d'exactitude, a été cent fois représentée, notamment par Eckersberg, par Fritz Westphal et par la gigantesque fresque qui court sur trois des côtés du musée Thorvaldsen, à Copenhague.
Dans une des barques qui se pressent vers le vieil enfant prodigue, sur la fresque, se tient la baronne Stampe et sa famille, qui en fait n'étaient pas présents ce jour-là. Toutefois cette licence historique vise à plus de vérité que la vérité car les Stampe et leur beau château de Nysø, en face de Præstø, sur la côte orientale de l'île de Sjælland, vont tenir un rôle central dans les dernières années du sculpteur. À Nysø fréquentaient nombre des grandes figures du so called âge d'or danois, visibles sur la fresque du musée, à commencer par Hans Christian Andersen, l'auteur des Contes, Adam Oehlenschläger, le grand poète romantique national, Nikolai Grundtvig, le grand pédagogue et réformateur religieux. Mais l'hôte chéri entre tous, celui pour lequel on allait faire construire dans le parc, afin qu'il soit parfaitement à son aise pour travailler, un atelier, c'est bien entendu Thorvaldsen.
Nysø
Château de Nysø, Præstø, Sjælland, Danemark
voir sur FlickR
Præstø est une très jolie petite ville jaune et blanc, avec des touches de vieux rouge par endroits, sur une légère légère éminence parmi un entrelacs de larges eaux, desquelles champs et forêts dépassent à peine. Tout y est ouvert, aéré, lumineux. Face au port de l'autre côté de la baie, se distingue au-dessus des ajoncs, entre les frondaisons de son parc, le château classique et baroque de Nysø qui, seul de son espèce au XVIIe siècle, n'a pas été construit par une grande famille noble mais par un riche marchand de Præstø, Laurits Nielsen. Au XIXe siècle, le domaine était la propriété des Stampe.
“Ce sont des ouvrages de sculpture qui transmettent à la postérité les progrès des Beaux-Arts chez une nation.”
Diderot
Le baron Stampe avait sur plusieurs points des vues bien à lui qui en font un précurseur de ce qui sera une ou deux générations plus tard le vitalisme, très en vogue sous ces latitudes, et la gymnastique scandinave. Sans doute était-il exagérément en avance sur son temps, même, car il était sujet à des crises de démence et finirait tout à fait fou. En attendant, il se baignait nu avec ses deux fils adolescents, dont l'un au moins était fameux par sa beauté et passait, lui aussi, pour représenter une résurrection des canons esthétiques de l'Antiquité classique. Quant à la baronne, la chaste passion de sa vie était Thorvaldsen et elle n'avait d'autre idée que de rendre aussi heureuse, facile et confortable que possible la vieillesse dorée du grand homme.
Elle semble y être en grande partie parvenue et, paraphrasant Chateaubriand, il semble bien qu'on puisse dire, malgré les fâcheux moments de délire du baron, qu'il eut en ces années-là, autour de 1840, du bonheur à Nysø. En témoigne le petit musée qu'on peut visiter là : il compte assez peu d'œuvres achevées mais nombre de plâtres et d'esquisses, qui sont peut-être le meilleur de l'artiste, comme les moments où la pulsion et le désir parviennent à briser la trop stricte rigueur de sa manière glacée. On peut aussi, autour du château et de l'atelier octogonal bâti pour l'hôte d'honneur, se promener à loisir le long des allées du parc, dans les vibrations lumineuses de la mer et de ses baies, qu'on ne voit pas précisément, tant tout est plat, mais dont l'aura diaphane, si particulière à ces régions, évoque à merveille la peinture de cet âge d'or-là, et par exemple une autre des figures présentes sur la grande fresque du musée Thorvaldsen, sinon dans la réalité du 17 septembre 1838, Christian Købke.
Scène de plage à Nysø
Bertel Thorvaldsen
Scène de plage à Nysø (le baron Stampe et ses deux fils)
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Modifié par Webmaster 28/12/2010 15:10:24

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